Commémoration de la victoire du 8 mai 1945  

André YUSTE, entouré de Vincent Eble, Sénateur et Conseiller Départemental, de Paul Miguel, Président de la Communauté d’agglomération Paris - Vallée de la Marne et de nombreux élus, a célébré la commémoration du 73ème anniversaire de la victoire du mai 1945.



Consultez le discours du 8 mai 2018

Monsieur le Sénateur, Conseiller départemental
Madame la Conseillère départementale
Monsieur le Président de la Communauté d’Agglomération,
Mesdames, Messieurs les adjoints au Maire et conseillers municipaux,
Mesdames et Messieurs les représentants des services publics, des administrations et des corps constitués,
Mesdames et Messieurs les représentants d’associations,
Mesdames, Messieurs,
Chères concitoyennes
Chers concitoyens,

Le 8 mai 1945. Une date si éloignée de notre présent qu’elle en perdrait son éclat historique…

On dit souvent que le temps guérit de tous les maux. Le temps qui passe efface les douleurs, apaise les consciences, opère des sélections dans la mémoire.

L’utilité des temps de commémoration, tel celui qui nous réunit tous aujourd’hui, est de ne pas céder aux facilités de la mémoire qui ne garderait que les souvenirs heureux.
Certaines douleurs doivent demeurer vivaces. Certaines cicatrices ne doivent pas disparaître. Certaines tragédies doivent garder leur puissance de catharsis.

Aujourd’hui, nous voulons nous souvenir de tous ceux qui ont sacrifié leur vie pour l’intérêt de la nation, pour une république libre.

Notre devoir républicain est bien de rendre hommage au sacrifice de ces femmes et de ces hommes, au martyr terrifiant qu’ils ont vécu. À ceux qui, en pleine conscience des risques qu’ils encouraient, se sont engagés dans le combat contre la barbarie nazie, notre présence ce matin veut témoigner notre plus profond respect, notre admiration, notre reconnaissance.

Non seulement cela, mais aussi le fait qu’ils sont un exemple.

Ces voix venues d’un monde éteint, nous devons les faire résonner en nous.

Il faut les faire entendre.
Il faut sauver de l’anéantissement ce qui peut et doit subsister de l’esprit de résistance et d’humanisme qui fut incarné.

Cet esprit de fraternité n’est pas celui du passé, mais bien celui du présent, c’est l’esprit de la République française.

Comme le disait Lucie Aubrac : « Les Allemands nous avaient volé la liberté et l’égalité, il n’avait pas pu interdire la fraternité. »

La fraternité, c’est la communauté, plus concrète et réelle que tout, qui nous sauve face au péril.

Les temps sont beaucoup plus sombres qu’on voudrait nous le faire croire. On voit bien que le pessimisme et le scepticisme sont monnaie courante.

Mes chers amis, je vous le dis solennellement, le scepticisme est une épreuve que nous devons impérativement surmonter, mais par laquelle il est important de passer.

Nous devons savoir et éprouver l’inquiétude face à l’état du monde, face à la montée de la haine, du racisme, de l’antisémitisme.

Une haine qui s’affiche dans notre société avec toujours plus d’arrogance, pour notre plus grande honte.

Oui, les temps sont bien plus sombres et bien plus tristes qu’on ne pourrait le penser.

Nous savons que l’état du monde, l’état de la planète, l’état de nos vies soumises à un rythme effréné, toujours accélérant, sont bien plus qu’inquiétants, ils sont catastrophiques.

Qui oserait dire que nous n’avons pas d’ores et déjà touché du doigt la catastrophe écologique mondiale ? Mais ce n’est bien évidemment pas le seul problème, tout est lié.

Le durcissement insidieux, mais profond, des conditions de travail, quel que soit son métier, est une réalité à laquelle personne n’échappe. Que l’individualisme gagne notre société, n’est plus une menace, c’est une réalité.

Quoi de plus naturel que de se replier sur soi pour essayer de préserver le peu qui reste, quand chaque foyer se sent plus ou moins impuissant à vivre sereinement, avec l’inquiétude des fins de mois difficiles, quand chacun constate l’évidence de la baisse de son pouvoir d’achat.

L’individualisme est alors un réflexe naturel qu’il est difficile de blâmer.

Il est plus difficile encore d’entendre, non plus que l’avenir sera meilleur, cela plus personne n’ose le dire, mais qu’il nous faut consentir à sacrifier le désir de nos vies épanouies, pour éviter une catastrophe qui menacerait.

La catastrophe a fini de menacer, je le crains, d’une certaine manière elle est déjà là. Le progrès n’est plus une idée qui incarne l’avenir.

Dans notre pays, l’avenir s’incarne désormais dans l’évitement des jours économiquement plus sombres encore. Est-ce donc cela toute la promesse de l’avenir ?

On a beau jeu de chercher des solutions en désignant des responsabilités, si ce n’est des coupables.

J’ai l’honneur d’être le Maire d’une commune où près de 400 fonctionnaires travaillent, d’arrache-pied, pour leurs concitoyens.

Ils se lèvent chaque jour pour travailler au bien collectif. Ils le font avec la conviction que la fraternité ne peut être interdite.
Il m’est insupportable d’entendre le discours ambiant venu des plus hautes sphères de la nation, et qui se répand malheureusement dans la population, que les collectivités locales seraient trop dépensières, que nous aurions trop de fonctionnaires, que la dette de notre pays serait notamment liée au train de vie dispendieux des collectivités locales.

C’est infâmant et diffamant. L’ensemble, je dis bien l’ensemble des agents de cette collectivité travaille pour honorer les valeurs de fraternité et de solidarité qui nous réunissent aujourd’hui.

Et nous le faisons en maîtrisant parfaitement la dépense publique. Ce type de discours qui désigne des coupables, qui se veut pragmatique et réaliste, au nom de l’avenir à rétablir, est un discours qui nie la réalité.

L’avenir n’est pas à rétablir, il est à incarner, avec inventivité, avec solidarité.

Aujourd’hui est bien le jour pour se souvenir de la délirante machine à broyer nazie.
Souvenez-vous du silence coupable des nations devant la montée au pouvoir d’Hitler. En 1931-32, le chômage et la précarité ravage l’Allemagne, la démocratie est en crise. Hitler va chercher et désigner les coupables, il stigmatise les communistes et les Juifs qu’il accuse d’être responsables de la défaite et de la crise.
C’est dans ce contexte de crise économique, sociale et politique, que le Parti National Socialiste des Travailleurs Allemands dirigé par Hitler, remporte les élections de 1932.
Cela ne doit pas nous échapper : le début du cauchemar prend ses racines dans la détresse publique et la démagogie politique.
Hitler prétendait détenir la solution à tous les problèmes.

Aujourd’hui encore, il faut avoir la plus grande défiance envers tous ceux qui proposeraient une seule clé, qui ouvrirait toutes les serrures… Quand l’on nous promet que d’une seule clé toutes les portes vont s’ouvrir, un jour, un jour bientôt peut-être, réfléchissons non à la porte mais au chemin que nous voulons prendre…

Pour que l’histoire ait un sens, pour que la bravoure et le sacrifice de nos morts soient reconnus à leur exacte valeur, il nous faudrait peut-être admettre que la catastrophe n’est pas à venir, mais que la véritable catastrophe, c’est que les choses continuent à aller ainsi.

Que l’on soit élu ou citoyen, il faut alors beaucoup de courage pour agir. Il faut le courage de la vérité.

Il est si facile et tentant chers amis, de se reporter sans cesse à l’avenir, comme menace ou même comme promesse de jours meilleurs, peu importe.

« Ne cessant jamais d’espérer être heureux, il est inévitable que nous ne le soyons jamais » disait Pascal.

L’avenir est une fiction du temps. Tout comme les discours qui s’y rapportent sont des fictions de maîtrise, la maîtrise du cours des choses.

Le bonheur ne peut être qu’au présent. Seul le présent peut faire accueil au courage de la vérité.

De même la fraternité, la liberté, et l’égalité n’existent qu’au présent.

C’est en comprenant cela, et seulement alors, que nous saurons où placer les forces de courage que nous devons mettre en œuvre pour ne céder à aucune des sirènes de la démagogie.

« Le mot résister doit toujours se conjuguer au présent », disait encore Lucie Aubrac.

Mes chers amis, invoquons en nous-même les voix des millions de personnes fuyant la guerre et la ruine à travers l’Europe, errant sur les routes, souvenons-nous de leur détresse… et interrogeons notre société sur les lois qu’elle instaure sur l’immigration.

Invoquons en nous-même la voix des peuples décimés, invoquons la voix de ceux qui agonisaient de famine, et interrogeons notre société sur la réalité de nos fraternités.

Invoquons en nous-même la voix de tous ceux qui ont accueilli et caché aux SS un inconnu, un frère d’arme, une famille en détresse, et interrogeons notre société sur la réalité de nos solidarités.

Invoquons en nous-même la mémoire de l’horreur, la voix des millions de morts, des millions de blessés… Que le courage de leur engagement nous guide, pour le bien commun.

Je nous souhaite à tous, fraternellement, que la minute de silence aujourd’hui de rigueur, celle où nous invoquons ces voix, que cette minute revienne chaque jour dans nos vies, pour la liberté, pour l’égalité et la fraternité, pour la France telle que nous voulons la vivre et la réaliser, sans attendre.

Vive Lognes,
Vive la République,
Vive la France.